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1627-1796 L’orgue monastique

1627, la Congrégation bénédictine de Saint-Maur prend les rênes de l’Abbaye Saint-Remi. Après un siècle et demi de "commende", celle-ci est en pleinedécadence spirituelle et matérielle. Exception faite de Robert de LENONCOURT, les abbés, nommés par le Roi, se préoccupent plus de la vie de la cour que du gouvernement de leur monastère. Les mauristes réforment l’abbaye. Leurs ressources importantes sont d’abord employées à la restauration de l’abbatiale et des locaux monastiques délabrés ; puis vient le tour du mobilier liturgique. Un petit orgue existe bien dans l’église, mais il apparaît insuffisant pour accompagner les moines au choeur. On projette donc l’installation d’un instrument important à placer dans le fond du bras nord du transept. Le facteur d’orgue Jean de VILEERS, établi à Châlons, est choisi pour cette réalisation. Le 15 décembre 1662, il reçoit la commande, moyennant quatre mille livres, d’un orgue de huit pieds en montre avec positif de quatre "au-dessus de la descente du dortoir de ladite abbaye". Ses 25 jeux seront enfermés dans un double buffet dont le grand corps se composera de trois tourelles et quatre plates-faces. La livraison est prévue pour le 31 décembre 1663.

Un mois plus tard, le même facteur s’entend avec les Cordeliers de Châlons pour la construction d’un orgue presque identique de composition qu’il devra achever pour le 24 juin 1664, fête de Saint Jean-Baptiste.

Il ne pourra honorer aucun de ces deux contrats car la mort le surprend le 23 juillet 1663. Deux mois plus tard, sa veuve, Dame Cécile LAGUILLE, s’assure les services du facteur d’orgue parisien Jacques CAROUGE pour terminer les deux instruments. Or ce dernier n’a pas la confiance des Bénédictins de St-Remi. Par prudence, ils passent donc, le 22 décembre 1664, un nouveau marché. S’il n’apporte que de modestes modifications dans la composition, il exige par contre que Jacques CAROUGE ne reprenne les travaux de leur orgue qu’après achèvement et réception positive de celui des Cordeliers. La suite justifie leur méfiance : le 29 mars 1665, l’instrument châlonnais est refusé et nos moines rémois engagent une action en justice contre Cécile LAGUILLE et son associé en vue d’obtenir la désignation d’un artisan plus qualifié pour achever l’orgue à eux destiné. Il faudra attendre une année avant que se dénoue la procédure en faveur des religieux qui doivent néanmoins, de concert avec Dame LAGUILLE, dédommager Jacques CAROUGE pour son manque à gagner.

Enfin installé dans l’abbatiale, l’instrument sera encore restauré et augmenté par François BOUDOS, facteur meusien installé à Montmédy. Vers le milieu du 18ème siècle, le châlonnais Jacques COCHU l’enrichit à nouveau. D’après POVILLON-PIERARD cité par Jean-François BAUDON dans l’inventaire des orgues en Champagne-Ardenne, l’instrument de Saint-Remi passait pour "l’un des meilleurs et des plus accomplis de France... cet instrument à vent dont les soufflets étaient sur les voûtes collatérales de ce côté (transept nord) avait ses ventelles toutes semées de fleurs de lys d’or sur champ d’azur. Toute la menuiserie employée à son ornement était d’une noble et riche exécution. L’ouvrage était surmonté au milieu d’un Christ ressuscité ; à droite et à gauche étaient les figure en bois de saint Benoît et sainte Scholastique".

Survient la révolution. Les religieux quittent l’abbaye le 1er septembre 1792. Le mobilier est dispersé et l’église entièrement dévastée. La majestueuse chaire à prêcher des moines est achetée par la paroisse de Condé-sur-Marne. Trop importante pour l’étroite nef du lieu, elle croupira dans le cimetière attenant, avant d’être rachetée vers 1840 par la fabrique de Juvigny, puis restaurée et installée dans cette église proche de Châlons-en Champagne. Quant à l’orgue de St-Remi, d’abord pillé, il est totalement détruit en 1796.

En voyant l’orgue de Juvigny acheté en mars 1791 à la vente des biens des Cordeliers de Châlons, on peut imaginer ce qu’était son jumeau dans le bras nord du transept de St-Remi. Encore faut-il noter que l’instrument a perdu 1.50m de hauteur pour s’adapter à la petite nefromane de cette église rurale.

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Composition de l'orgue monastique Orgue de Juvigny Orgue de Juvigny